Avant toute forme d’action auprès des salariés ou de l’employeur, il est important de pouvoir disposer d’un état des lieux précis et fiable permettant d’objectiver les pratiques discriminatoires dénoncées.
A cette fin, il convient d’être particulièrement clair sur ce qu’est une discrimination (cf. Les types de discrimination). En effet, l’identification des discriminations n’est pas simple. Les discriminations peuvent prendre une forme insidieuse, indirecte, difficile à percevoir et à identifier comme telle.
Les outils de repérage des discriminations sont décrits dans le chapitre Mesurer => Mesure et identification. Il est toutefois nécessaire d’insister sur les méthodes de recueil des informations.
La première démarche consiste à recueillir auprès des salariés leurs observations, leurs constats et leurs réflexions sur les questions de discrimination. En effet, sur le lieu de travail, chacun est responsable en tant que salarié, en tant que citoyen, de signaler les actes et paroles dont il peut avoir connaissance, les remarques dégradantes, les prises de décision douteuses, les traitements inégalitaires injustifiables, les vexations gratuites, etc.
Cette démarche doit bien évidemment être conduite auprès des personnes concernées. La difficulté tient alors parfois au silence de ces dernières qui acceptent comme une fatalité les pratiques discriminatoires dont elles sont l’objet.
La deuxième démarche consiste en une analyse plus poussée des discriminations à travers l’étude de documents et données spécifiques. Cette analyse porte par exemple sur les procédures de recrutement ou de progressions de carrière, sur les documents collectés par les salariés ou encore sur les rapports de situation comparée femmes / hommes, le bilan social, etc. Ces analyses peuvent nécessiter l’appui d’experts.
Certains faits et certaines observations pourront être produits comme preuve devant les tribunaux si nécessaire. Tous les éléments recueillis pourront de toute façon venir nourrir la réflexion et la négociation interne à propos des discriminations.
La discrimination peut s’exprimer à l’embauche ou dans la progression de carrière. Elle peut également se nicher dans le quotidien du travail. Par exemple, certaines personnes peuvent être affectées aux postes de travail les moins confortables (froid, maniement de produits chimiques…). Elles peuvent également être systématiquement affectées aux taches les plus dures, les plus pénibles ou les plus physiques.
L’analyse par ISM CORUM du travail dans les serres dans la vallée du Rhône révèle de telles discriminations, comme peuvent en témoigner les ouvriers agricoles qui y travaillent.
« En juin il faut tenir le coup avec 40 ° et avec la pression derrière. La pression, c’est tactique. Dans un secteur, il y a 4 équipes, on va donner un coup de main à une équipe ou deux et toi tu es dans la merde tu es en retard. Et toi le chef te saute dessus. Même si tu lui dis qu’eux ont eu des roues de secours (de l’aide) il s’en fout il te dit tu es en retard. Donc, la pression c’est comme ça ».«Il faut dire la vérité, pour les Français, il y a moins de pression, c’est sûr et certain. Pour les "roues de secours" quand tu as du retard, c’est réservé pour certains et pas pour les maghrébins. Si t'es un maghrébin, t’es mal barré. »
« Quand tu t’appelles Saïd ou Mohamed, tu ne pars pas avec de bonnes cartes. Pour tailler les vignes tu peux, mais dès que tu demandes un poste plus évolué, on te dit c’est déjà pris, il n’y a pas. Tu ne peux avoir une carrière normale comme tu voudrais. Il faut peut-être changer son nom. »
« Les discriminations, c’est flagrant. Un Arabe qui se présente et il est renvoyé du portail déjà d’entrée alors que quand tu vois des Français, ils entrent, le chef leur explique comment fonctionne le boulot. Dans la distribution des taches aussi, c’est vraiment flagrant. Les taches dures et difficiles, c’était pour les Marocains. Les taches dures c’était le traitement ou le débarrassage et le travail en hauteur sur les chariots. Ça c’était les Marocains. »