L'ampleur des discriminations en fonction de l'origine

L’ampleur des discriminations « raciales » dans le domaine de l’emploi

En 2006, la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour L'Egalité (HALDE) constatait que près de la moitié des 1822 réclamations pour discrimination qui lui avaient été adressées durant sa première année d'exercice concernaient l’emploi. Dans ce domaine, la discrimination fondée sur l’origine et sur « l’appartenance ou la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation ou une race » a représenté 40% des saisines. Mais ces réclamations ne représentent très certainement qu'une faible partie des discriminations réelles, et nécessitent d'être complétées par des mesures plus précises du phénomène.

Même imparfaitement, les statistiques disponibles permettent d’estimer les ordres de grandeur de l’ampleur des discriminations en fonction de « l’origine » dans l'accès à l’emploi comme dans les progressions de carrière :

Dans l’accès à l’emploi

L'indication de la nationalité dans les différentes statistiques publiques, telles que le recensement ou encore l'enquête Emploi, permet de constater que le chômage touche bien plus fortement les étrangers résidant en France que les personnes de nationalité française. D’après l’enquête Emploi conduite en 2004 par l’INSEE, le taux de chômage des étrangers hors UE est 3 fois plus élevé que celui des Français.

Taux de chômage selon la nationalité parmi les actifs de 15 ans et plus (France, 2004)

    Nationalité Sexes réunis
    Total 10 %
    dont nationalité française 9 %
    dont autre pays de l'UE 7 %
    dont Afrique du Nord 26 %
    dont Afrique sub-saharienne 31 %
    dont Turquie 31 %

Source : d'après les fichiers détail de l'Enquête Emploi de 2004, disponibles sur le site de l'INSEE.

On pourrait objecter que cet écart s’explique par des niveaux de formations différents. Or, à niveau de formation égal, l’écart entre les Français et les étrangers originaires d’Afrique se maintient, voire augmente quand le niveau d’étude est plus élevé.

Taux de chômage selon la nationalité parmi les actifs de 15 ans et plus ayant un même niveau d’étude (sexes réunis, France 2004)

    Nationalité Niveau Bac CAP-BEP Sans diplôme
    Total 10 % 9 % 16 %
    dont nationalité française 9 % 8 % 16 %
    dont autre pays de l'UE 12 % 7 % 7 %
    dont Afrique du Nord 27 % 26 % 28 %
    dont Afrique sub-saharienne 27 % 29 % 29 %

Source : d'après les fichiers détail de l'Enquête Emploi de 2004, disponibles sur le site de l'INSEE.

La nationalité constitue donc un facteur de discrimination dans l’accès à l’emploi qui touche notamment les ressortissants du Maghreb et d'Afrique sub-saharienne.

Mais les discriminations « raciales » s'exercent également à l'encontre des Français dits issus de l'immigration, comme l'ont montré différentes enquêtes nationales, dans lesquelles les "générations issues de l'immigration" étaient distinguées à partir du lieu de naissance des parents (enquêtes "Générations" du CEREQ, enquête "Emploi" de l'INSEE) et même des grands-parents (enquête Histoire familiale de l'INSEE et de l'INED).

Les jeunes français d’origine maghrébine face au risque de chômage

    Temps passé sur le marché du travail 3 ans 5 ans 3 ans 5 ans
    Risque de chômage pour les titulaires d’un CAP d’un BEP
    D’origine maghrébine 1,6 1,3 1,6 1,5
    D’origine française (référence) 1 1 1 1

Source : Enquêtes « Génération 92 » et « Génération 98 », Céreq 2006

Même une fois entré dans la vie active depuis plusieurs années, être « issu de l’immigration » continue à peser sur les chances d’obtenir un emploi.

Taux de chômage des jeunes actifs après trois et cinq ans de vie active suivant l'origine de leurs parents (jeunes des deux sexes sortis du système éducatif en 1998)

    Origine des parents Taux de chômage après...
    ... 3 ans de vie active ... 5 ans de vie active
    Les deux nés en France 10,2 10,4
    L'un ou les deux né(s) en Europe du Sud 11,8 12,6
    L'un ou les deux né(s) au Maghreb 20,1 21,1
    L'un ou les deux né(s) en Afrique Noire (24,3) (19,4)

N.B. : les taux entre parenthèses ne sont pas pleinement fiables, en raison de la faiblesse des effectifs concernés.
Source : R.Silberman et I.Fournier, à partir de l'enquête "Génération 98"

Dans les progressions de carrière

Si les discriminations représentent un véritable obstacle pour les jeunes d’origine étrangère dans l’accès à l’emploi, elles opèrent également au sein de l’entreprise. Elles se traduisent notamment par des freins dans l’évolution de carrière et l’accès aux postes à responsabilité, par la relégation sur des postes « d’ouvriers spécialisés à vie », et enfin par une gestion « ethnique » des emplois : certains postes, par exemple en relation avec la clientèle, seront de fait réservés aux « Français de souche », tandis que d’autres emplois, aux conditions de travail difficiles, seront occupés de fait par les populations étrangères ou d’origine étrangère.

Test

Imaginiez-vous de tels écarts ?

Le taux de chômage des étrangers hors UE (à 15) résidant en France est, depuis 1980, … fois supérieur à celui des Français.

  • 2 fois

  • 2,5 fois

  • 3 fois

Réponse

Imaginiez-vous de tels écarts ?

Le taux de chômage des étrangers hors UE (à 15) résidant en France est, depuis 1980, … fois supérieur à celui des Français.

  • 2 fois

  • 2,5 fois

  • 3 fois

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Test

Imaginiez-vous de tels écarts ?

Le taux de chômage des jeunes Français dont les deux parents sont nés au Maroc (seconde génération) est … fois supérieur à celui des jeunes Français dont les deux parents sont nés en France.

  • 1,5 fois

  • 2 fois

  • 2,5 fois

Réponse

Imaginiez-vous de tels écarts ?

Le taux de chômage des jeunes Français dont les deux parents sont nés au Maroc (seconde génération) est … fois supérieur à celui des jeunes Français dont les deux parents sont nés en France.

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Test

Imaginiez-vous de tels écarts ?

Le taux de chômage des jeunes Français dont un des parents est né en Algérie et l’autre est né en France est … fois supérieur à celui des jeunes Français dont les deux parents sont nés en France.

  • 1,5 fois

  • 2 fois

  • 2,5 fois

Réponse

Imaginiez-vous de tels écarts ?

Le taux de chômage des jeunes Français dont un des parents est né en Algérie et l’autre est né en France est … fois supérieur à celui des jeunes Français dont les deux parents sont nés en France.

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Nota Bene

« OS à vie »

L’étude faite par Laure PITTI sur les ouvriers spécialisés algériens dans les usines Renault démontre l’existence d’une discrimination « systémique » qui se caractérise par la stagnation des carrières de ces ouvriers spécialisés dans les années 50 et 60. Ces « OS à vie » sont des victimes collectives de discriminations « raciales » opérant à travers les systèmes de classification et les schémas d’organisation du travail.

« Au terme de cette étude croisée du système Renault de qualification du travail et des schémas de (non) progression de carrière d’OS algériens dans l’entreprise, le lien entre classifications professionnelles et processus de gestion différenciée de la main-d’œuvre apparaît multiple. Il trouve certes sa source dans le processus organisationnel de parcellisation (qui aboutit à l’éclatement de la catégorie OS2) et dans le nivellement des hiérarchies salariales des non-professionnels que produit ce système singulier de rémunérations. Mais son application particulièrement poussée concernant les composantes de la main-d’œuvre originaires des territoires anciennement colonisés par la France (« Nord-Africains », « Africains noirs ») révèle les rémanences et transformations d’un modèle colonial d’encadrement de la main-d’œuvre – principalement algérienne à Renault – qui ne sont pas sans lien avec les schémas, plus larges, de gestion des migrants algériens par l’administration française. Différenciation professionnelle et différenciation ethnique se redoublent dans le cas des OS algériens de l’usine Renault de Billancourt. (…)
À Renault, dans le système de cotation de poste, OS en vient ainsi à désigner tout ouvrier non qualifié. Reste que le recouvrement entre les catégories d’OS et d’immigré, quant à lui, varie peu – un invariant accentué par l’inertie des carrières de ces « OS à vie », réputés informables et ce faisant écartés de toute formation. Le silence durablement maintenu sur ces carrières particulières constitue, sans aucun doute, la limite actuelle de la législation, de la jurisprudence et des débats en matière de discrimination ethnique ».
« De la différenciation coloniale à la discrimination systémique ? La condition d’OS algérien à Renault, de la grille Parodi à la méthode Renault de qualification du travail (1945-1973) »

Laure PITTI, Revue de l'IRES, n° 46 - 2004/3