De façon paradoxale, il n’y a pas de discrimination s’il n’y a pas eu un minimum d’intégration. Pour qu’une personne apparaisse discriminée par rapport aux autres dans l’accès à l’emploi, il faut d’abord qu’elle se présente aux mêmes emplois que les autres et qu’elle fasse valoir sa légitimité à le faire (par une qualification comparable, une expérience, etc.). La discrimination frappe des gens qui sont intégrés mais à qui on refuse de le reconnaître.
En même temps, le passage du discours de l’intégration à celui de la discrimination représente un vrai renversement. Dans une perspective d’intégration, on s’intéresse à combler les défauts, les défaillances, les manques des candidats à l’intégration (diplôme, maîtrise de la langue, réseau social etc.). Dans la perspective de la discrimination, on considère, par exemple, que ce n’est pas le manque de diplôme qui handicape les candidats à un emploi (certains sont fortement diplômés et quand même victimes de discrimination). Le défaut, la défaillance, le manque, basculent du côté du système qui devrait intégrer mais qui discrimine.
M. Belorgey, dans son rapport remis en 1999 à la ministre de l’emploi résume cette assertion en indiquant qu’on ne "gagne rien à raisonner en terme de lutte contre les discriminations si cela ne signifie pas qu’on déplace l’accent d’une réflexion sur les carences des candidats à l’intégration vers une réflexion sur les raideurs de la société d’accueil" [Belorgey, 1999].
La lutte contre les discriminations ne recouvre pas non plus le travail sur l’insertion. L’insertion professionnelle va chercher à développer les capacités d’une personne dans la recherche d’emploi par la formation, etc. alors que la Lutte contre les discriminations va essayer de comprendre les freins que produit le système d’accès à l’emploi susceptibles de désavantager cette personne.